Wisdom of Life

Message du CEREO lors de la Conférence de presse avec le Collectif des Professeurs de Morale (CPM) – 08/02/2017

Le cours de religion est plus utile que jamais

Le CEREO a vu le jour de manière informelle ; quelques professeurs enseignant diverses religions dans l’Officiel avaient coutume d’échanger leurs opinions et leur agacement face aux petites discriminations, à la marginalisation et à la suspicion voilée qu’ils enduraient continument. Certes, la situation dépend fort du P.O., du chef d’établissement et du collège professoral ; il reste que l’Officiel est souvent considéré comme un bastion positiviste où, n’était le prescrit constitutionnel, la religion aurait sans doute disparu des programmes depuis longtemps. Au XXe siècle, l’Histoire semblait d’ailleurs donner raison à ceux qui voyaient dans la désaffection des religions un progrès, mais cela fait des années déjà qu’une quête erratique du sens perdu replace les religions au premier plan, pour le meilleur et pour le pire.

Nonobstant, nous avions l’habitude de considérer la disparition des cours de religions comme le monstre du Loch Ness : on en parlait tout le temps sans jamais la voir venir. Mais le danger qu’ils disparaissent est bien réel depuis qu’en 2013 une procédure élaborée par un P.O., un avocat et une association de parents a obligé le Ministère à dispenser les élèves qui le souhaitent des cours de religions et de morale aussi, car la Cour constitutionnelle a précisé en 2015 que ce dernier n’est pas neutre non plus. Pour ceux qui le souhaitaient, le bien nommé « cours de rien » devait faire la jonction avec le cours de philosophie et de citoyenneté organisé à la hâte par la coalition au pouvoir depuis 2014 en Communauté Wallonie-Bruxelles. Le P.S. aurait bien voulu supprimer les deux heures de religion ou de morale au profit de la citoyenneté pour tous ; le CDH a obtenu qu’on coupe la poire en deux. Il n’empêche que dans le chef d’un grand nombre de femmes et d’hommes politiques, tous partis confondus, l’heure de religion résiduaire est en sursis. Dans ces conditions, la sauvegarde de cette heure de religion ou de morale à l’horaire commun dans l’Officiel est devenu l’objectif prioritaire du CEREO. Compte tenu des positions divergeant sur ce point entre une majorité de nos mandataires publics et une grande majorité des citoyens belges francophones, notre revendication est littéralement démocratique. Malheureusement, cette majorité citoyenne est passive et silencieuse.

Comme beaucoup d’observateurs, les membres du CEREO craignent que l’espace public soit submergé par une religiosité dogmatique et expansionniste. Pour autant, nous nous efforçons de faire le départ entre la vitalité spirituelle des individus et leur quête d’une sécurité psychique. Notre propre expérience religieuse nous a convaincu de la raison pédagogique qui consiste à accueillir les élèves comme ils sont, avec ce qui leur tient lieu d’assurance. Nous craignons d’ailleurs les conceptions constructivistes, cherchant à les reformater, qui semblent en partie inspirer le cours de philosophie et de citoyenneté. Au contraire, pour que les aspirations des élèves vers plus de justice sociale et de vérité éthique puissent émerger de leur vécu, nous tentons de les enraciner dans leurs traditions religieuses respectives. Ainsi pourront-ils faire la part des choses en connaissance de cause. Ainsi aussi faisons-nous évoluer nos traditions.

Le contexte éminemment pluraliste dans lequel travaillent les maîtres et professeurs de religion de l’officiel rend leur tâche passionnante parce qu’elle les invite à renoncer à la tentation intégriste en se laissant interpeler par leurs collègues qui se situent existentiellement en dehors du jeu des possibles ancrés religieusement. Du maintien des cours de religion dépend aussi cette pluralité profitable à tous ceux, religieux ou non, que le dogmatisme n’étouffe pas.

Les religions ont été et sont encore des facteurs de conformité. Elles se le disputent aujourd’hui avec un conformisme de l’immanence et des sentiments qui gagne les individus et se renforce dans une immédiateté hyper-médiatisée et quasi-pulsionnelle. Dans le même temps, une reviviscence de spiritualité individualisée enrichit les religions qui tentent à la fois de l’encadrer et de lui donner une portée publique humaniste. Ce transfert privé/public conduit les religions à trancher avec l’atonie de la pensée engloutie dans des jeux de miroirs, comme dans la réaction néo-positiviste de ceux qui veulent cantonner les manifestations religieuses dans la sphère privée. La réaction existe bien sûr aussi chez ceux qui affichent ostensiblement leur religion ; c’est précisément pour que les élèves remettent en question ce genre de repli que les cours de religions sont indispensables.

La sauvegarde des cours de religions et de morale, de même que la possibilité pour ceux qui le veulent de pouvoir enseigner une religion ou la morale et la citoyenneté dans des conditions acceptables, c’est-à-dire dans les mêmes établissements, sont des revendications politiques. Face au rouleau compresseur des associations, représentées dans tous les partis, qui veulent exclure la religion de l’école publique, nous avons pris des contacts tous azimuts pour défendre de manière argumentée et raisonnable notre position. Dans tous les partis nous avons trouvé des gens conscients que les cours de religions sont des instruments précieux à notre société clivée, percluse et potentiellement explosive. Hélas la particratie à la Belge est une ogresse qui dévore ses enfants.

L’action en justice que le CEREO présente aujourd’hui a été décidée faute d’autres moyens susceptibles de nous faire gagner du temps dans l’attente d’une mobilisation des parents, des élèves, d’institutions et d’associations diverses ; bref de la société civile qui parfois se rend compte de la valeur d’une situation acquise après l’avoir perdue.

Que cette action soit portée de concert avec le Collectif des Professeurs de Morale, qui émane pourtant du versant opposé de notre pilarisation instituée, montre que la pluralité n’est pas un vain mot. Cette action commune va dans le sens d’un préalable sine qua non pour recoller le vase brisé de notre société.

En substance :

– Que les religieux reconnaissent la nécessité d’une vision laïque pour assurer la pérennité d’une société ouverte, pluraliste et généreuse ;

– Que les laïques reconnaissent la nécessité d’une vision religieuse pour œuvrer au bien commun menacé par la perte de sens qui guette les individus déracinés.

 

Axel De Backer
Professeur de religion catholique

Auteur: CEREO

Le CEREO est un Collectif d'Enseignants de Religions dans l’Enseignement Officiel francophone.

5 commentaires

  • Delhaye angelique

    Feb 10, 2017

    Je suis prof de religion catholique , le système me rend amer ......regulierement , j entends des eleves me dire :" madame , c était mieux avant !!" On ne vous voit plus !!!!" ....j ai eu une maman qui m a dit : " L année prochaine , il retourne deux heures en religion !!!!! " je lui ai dit impossible d ailleurs le cours va disparaître complètement ......" Nous sommes tenus pieds et mains liés ..... Nous n avons pas le droit de parler , d avertir les parents , d influencer les parents .....je pense qu il est grand temps que des voix s élèvent / la presse / la TV pour faire un communiqué ( exposer les faits en toute neutralité ) ceci dit voici un terme qui en dit long ...... En toute hypocrisie .....pillier central de la démocratie .....on parle souvent du pacte d excellente pour mieux noyer L autre probleme ( les cours philosophiques ) quel gâchis .....par les temps qui courent , c est justement maintenant que nos cours prennent une réelle importance ( la montée de L islam extrémiste .....)je dois bien avouer que je suis découragée ......j ai enseigné pendant 19 la religion et la , j en ai marre .....je vais m orienter vers autre chose ....je refuse de faire la formation en didactique . Si les têtes pensantes s étaient un peu plus intéressé à nous , ils auraient vu qu à travers nos cours , nous faisions de la philosophie et de L éducation à la citoyenneté .....ils n ont rien inventé .......bien à vous

  • Marie Louise

    Feb 10, 2017

    Bonjour et merci pour votre combat. J'ai envie de dire une petite chose. Je pense que les religions sont très utiles car seul Dieu peut changer et adoucir le cœur des gens. Tout comme il existe des lois temporelles il existe aussi des lois spirituelles. À chaque loi est attachée une bénédiction. Quand nous y obéissons, nous sommes bénis. Ces bénédictions peuvent être temporelles mais aussi spirituelles comme recevoir plus de patience, d'amour, de bonté, de connaissance, d'intelligence, d'ouverture, de dons et de talents, etc... la société s'évertue d'essayer de changer les choses de l'extérieur, elle veut essayer de contrôler les gens, les événements, alors que la seule façon de changer véritablement et durablement c'est en se tournant vers Dieu et la religion, en obéissant aux lois de Dieu, à ses commandements. En nous éloignant de la religion nous scions la branche sur laquelle nous sommes assis. Il suffit de voir autour de nous comment le cœur des gens s'endurci. Voir même de relire l'histoire avec d'autres yeux. Après la guerre les églises sont pleines, les gens sont humbles et obéissent aux lois de Dieu, ils sont bénis, prospèrent, s'enrichissent, s'enorgueillissent , s'éloignent de Dieu, leur destruction est proche et un nouveau cycle recommence. Oui les religions sont très utiles, et de continuer à croire .bonne journée.

  • Vandenbroeck Marianne

    Feb 10, 2017

    Quel magistral message ! Bravo pour cette persévérance ...puisse-t-elle au mieux être écoutée par quelques "élus" posés et réfléchis, je veux croire ,que meme s'ils se font denrée rare , il en existe encore !! et encore mieux aboutir au maintien de l'heure de cours et à une mise sur pied d'horaires raisonnables et praticables ...

  • Nicolas Bruno

    Feb 10, 2017

    Bonjour et félicitations pour cet article remarquable auquel je souscris totalement. En tant que professeur de religion catholique dans l'enseignement officiel, je déplore ces petits jeux politiques qui tendent à reléguer la religion dans la sphère privée. Notre cours est, dans la grande majorité des cas, un espace de dialogue et d'ouverture à l'autre dans sa différence et sa propre recherche de sens. Je déplore ce penchant actuel vers la pensée unique qui, faut-il le dire, ne fera qu'accélérer le repli identitaire et les séparatismes de tous genres. Où est-elle cette Europe des peuples et des cultures, riche se son histoire et forte de ses différences ? Comment dès lors enseigner sereinement ?

  • pasquier

    Feb 13, 2017

    Je suis globalement d'accord avec ce que tu dis et ce que partage aussi le sentiment des interventions qui me précèdent sur cette page. Je partage également la même analyse d'un contexte positiviste mal compris dans le réseau officiel, suivant les endroits fréquentés et les personnes rencontrées, dans sa version scientiste ce qu'aurait récusé Auguste Comte, lui-même, fondateur du positivisme. Le philosophe français Jean-Luc Marion ne manquait pas de faire remarquer dernièrement que les outils d'analyse du politique sont très souvent obsolètes. Leurs analyses et leurs mesures visent à gérer une situation présente mais pas à l'anticiper. La confusion règne aujourd'hui autour "des identités" comme aimait les appeler A. Maalouf. A Bruxelles, aujourd’hui, 20% de la population revendique une identité musulmane alors qu’elle représentait 10%, il y a dix ans. Le contexte sociologique évolue. Je ne vois pas comment cette nouvelle donne peut être niée. Il est important de défendre l’idée d’une laïcité inclusive et pas exclusive surtout à notre époque, au temps des replis identitaires. Un cours de civisme ne suffirait pas à répondre à l’attente existentielle de nombreux jeunes désorientés, déboussolés, déracinés. Nous savons bien que nous ne pouvons pas répondre à la demande des élèves par des injonctions arbitraires ou par des manipulations maladroites mais par un accueil honnête, sincère de la diversité. Tous les professeurs de religion, un peu intelligents, savent bien que notre cours est un lieu de tissage et de métissage des identités. Il est absurde de refuser à ces enseignants de pouvoir continuer ce travail essentiel pour la paix sociale et la formation intellectuelle de nos jeunes. Le consumérisme ambiant et la méritocratie nous aveuglent souvent et nous dictent d’autres priorités. Nous cherchons à être plus efficace, à remplir "notre cahier des charges » pour pouvoir dépenser notre salaire… alors que tous attendent autre chose de l’école, qu’elle ne soit plus justement cette école productiviste américaine à la Charles Taylor. Nous ne pouvons pas être uniquement chargé de scolariser des enfants comme des chefs d'atelier formatent des planches suivant tel ou tel critère. Nous devons oeuvrer consciemment et pas inconsciemment à un monde plus respectueux des identités à commencer par la notre, et cela passe par le respect des sensibilités car nous ne sommes pas uniquement des êtres doués de raison, nous sommes également des êtres sensibles.

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