Wisdom of Life

La fin de la démocratie ?

Le CEREO a tenu sa seconde Assemblée Générale dans un auditoire des facultés Saint-Louis à moitié vide. Pourtant, le programme était alléchant : la ministre de l’enseignement assistée de son chef de cabinet et plusieurs ténors du landernau politique en Communauté Wallonie-Bruxelles – Georges-Louis Bouchez, Caroline Désir, Joëlle Milquet, Christos Doulkeridis – étaient présents pour exprimer la position de leur parti sur le maintien ou non de l’heure de religion résiduelle dans la grille horaire obligatoire de l’enseignement officiel. Ils ont ensuite répondu aux nombreuses questions que leur ont soumis le CEREO et l’assemblée. C’était une manifestation vibrante de l’esprit démocratique. Voici le témoignage d’un professeur de religion catholique dans la région liégeoise :

« Je tiens à remercier le CEREO pour l’organisation de cette table ronde politique. J’ai pu enfin goûté à l’esprit prophétique que je retrouve régulièrement dans les Évangiles.

Face au rouleau compresseur politique qui a voulu trop rapidement instaurer les cours de citoyenneté, j’ai vu et j’ai entendu plusieurs collègues qui ce sont mis debout aujourd’hui. Ils ont clairement affirmé leur opposition et leur résistance face à l’injustice.

J’ai particulièrement été touché par la collègue israélite qui a pris la parole en deuxième partie du débat. […] Il y a aussi eu cette collègue musulmane voilée qui a clairement abordé la question de la mixité sociale. Elle a insisté sur le rôle des parents qui sont les premiers acteurs oubliés dans le débat politique. Bien d’autres prises de paroles mériteraient aussi d’être soulignées. J’espère que cet après-midi ne restera pas lettre morte et que le combat pourra continuer pour le bien commun des élèves qui nous sont confiés. »

Pourquoi, sur les milliers de professeurs de religion en poste, quelques dizaines seulement ont fait le déplacement ? Souvent, on a la langue bien pendue quand il s’agit de défendre « nos valeurs démocratiques ». Dans un ouvrage remarquable paru l’an dernier, deux professeurs de l’ULB ont analysé comment l’idée des Droits de l’Homme a, depuis la Révolution française, suscité des critiques argumentées émanant tant des conservateurs que des progressistes. En substance, faire reposer la démocratie sur une conception des droits abstraite des formes politiques générées par l’histoire des peuples comme des enracinements personnels, aboutit à un évidement de la démocratie faite de liens tissés entre les gens. (Justine Lacroix, Jean-Yves Pranchère, Le procès des Droits de l’Homme. Généalogie du scepticisme démocratique, Seuil, Paris, 2016).

L’expérience de ces trois dernières années, acquise en qualité de membre actif du CEREO, me conduit à poursuivre l’analyse. Dans une société délitée, les gens sans boussole ont tendance à masquer leur vide existentiel en ânonnant des slogans confus que les médias modernes répercutent à la vitesse de la lumière. Dans ces conditions, les gens qui ont des racines religieuses et culturelles sont suspects. On les évacue du simulacre de débat permanent. S’ils tentent de faire passer dans les médias leurs convictions, ils se heurtent à des murs de verre. Qu’on ne s’y trompe pas, la sauvegarde de leur pouvoir d’achat devient peu à peu la seule valeur susceptible de mobiliser les moutons de panurge. Feu Jacques Lanzman l’a bien dit dans une chanson de Jacques Dutronc :

« Et chacun rote le homard ; dans la fumée des cigares. C’est la fête y a plus de boulot ; les ouvriers sont au bistrot ; les retraités et les prolos ; ont pris les cafés d’assaut ; mais c’est pas pour boire de l’eau ; ça les change de leur pernod ; l’ère de rien ; l’ère de rien ; on va enfin changer d’ère. » (« L’ère de rien », éditions Kundalini – Sony ATV music publishing 2003).

 

Axel De Backer, 15 juin 2017

Auteur: CEREO

Le CEREO est un Collectif d'Enseignants de Religions dans l’Enseignement Officiel francophone.

Un commentaire

  • Vivegnis

    Jun 15, 2017

    Monsieur, je n'irais pas si vite que vous en besogne pour interpréter l'absence de nos collègues. Certains ont choisi le mercredi précédent pour se déplacer à Bruxelles et ils venaient de loin. J'ai reconnu notamment des professeurs de morale, de religion protestante et orthodoxe qui étaient là mercredi dernier devant le cabinet de la ministre mais qui n'était pas présents à St Louis hier. Une petite vidéo relate cet évènement d'une autre manière que la RTBF https://www.youtube.com/watch?v=MOkpY93XgF8 Il faut aussi savoir qu'il y avait une réunion lundi soir à l'évêché de Liège. J'y ai dénombré une cinquantaine de personnes qui aussi se posaient des questions et s'étaient déplacés dans le but dans un but similaire. Je pense que nous sommes aussi responsables de la diffusion de ce qui s'est dit et que chacun de nous possède un carnet d'adresse électronique où il peut faire rebondir le message d'hier. "On n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, on la met au centre de la pièce pour qu'elle illumine tous ceux qui sont dans l'obscurité"

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