Wisdom of Life

Encore un parti pour lequel il ne faudra pas voter

Qu’on se rassure, les religions continueront leur œuvre en Belgique francophone sans cours éponymes ; c’est pourtant une étape de leur inscription dans l’histoire de Belgique qui risque bientôt d’être franchie, car on ne voit plus très bien quel relais politique suffisant pourra encore sauver ces cours-là. Contre toute attente, le MR va encore plus loin que le PS puisqu’il demande explicitement un alignement du réseau catholique – où tant de ses mandataires mettent leurs enfants – sur le réseau officiel.

Au dix-neuvième siècle, Auguste Comte ou Emile Durkheim ont pu croire que l’ère religieuse de l’Homme était une étape, ils ne se doutaient pas moins que rien, jamais, ne remplacerait les religions pour cimenter les sociétés, raison pour laquelle ils crurent naïvement pouvoir accommoder leurs antiques recettes dans un contexte nouveau, dépouillé de l’obscurantisme qui les accompagnent d’ordinaire. Ainsi débuta l’histoire des religions séculières et des massacres de masse. Aujourd’hui, nous pensons en être quitte mais si l’on veut vivre ensemble en reléguant les religions instituées dans la sphère privée, d’une manière ou d’une autre on doit toujours implorer leurs mânes. Il faut en effet être « religieux » pour croire une seconde qu’en remplaçant les cours de religion par un cours de philosophie et citoyenneté, on réduira les intolérances mutuelles. Personne ne veut rien voir ni entendre du rejet des élèves, dans les écoles difficiles, face au catalogue d’abstractions dispensées dans ce nouveau cours. Nos élèves au moins sentent quand la musique sonne faux.

Comme l’a dit Rudy Demotte interrogé dimanche midi sur la nouvelle position du MR, c’est la « logique » de notre temps [que de réduire les religions à des savoirs objectivés ?]. Cette « logique » fait dire au Centre d’Action Laïque (Le Soir de la veille) qu’il convient désormais de « parachever le travail ». Mais quel travail ? Abstraire toujours davantage les fondements de la moralité ? Dans ce cas, il faut que les prosélytes de la laïcité philosophique sachent qu’ils sapent leur credo dans l’égalité de principe entre les êtres humains, car bien sûr, ce sont les défavorisés culturels qui ont le plus besoin d’un cours de religion pour s’arrimer à quelques balises concrètes reposant sur une foi dans la transcendance de Dieu, donc de l’Homme. Ce sont eux qui ont le plus besoin de ces balises pour se délivrer de l’aporie individualiste qui, si elle profite superficiellement aux gagnants, poussent les « loosers » à la destruction de soi et des autres.

En Flandre, la « logique » individualiste invite déjà les dénégateurs de la foi partagée à louer un prêtre en rupture de ban (entre 50 et 300 euros) pour recevoir des sacrements dévitalisés. Mais pourquoi diable les rupins veulent-ils encore de la religion sans le goût de la religion ? En Wallonie et à Bruxelles, ceux qui le souhaitent pourront-ils bientôt louer un « expert en religion » pour savoir qui furent ces gens qui peuplent nos romans, nos peintures et nos opéras ?

En tous cas, les élus qui ont emporté la décision au sein du MR feraient mieux de réviser leurs rengaines sur la démocratie, car en fait de démocratie, ils ont après d’autres fait peu de cas de nos concitoyens qui malgré des pressions scandaleuses sollicitent encore massivement les cours de religion. Il est vrai qu’eux aussi se laissent souvent aller, indolents, au gré du courant dominant dans nos contrées « éclairées » – là où vivent les 500 millions d’agnostiques et d’athées sur les 7, 5 milliards de terriens. Toutes d’anciennes terres chrétiennes, notez-le bien.

 

Axel De Backer

Auteur: CEREO

Le CEREO est un Collectif d'Enseignants de Religions dans l’Enseignement Officiel francophone.

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