Wisdom of Life

Réaction du CEREO à « l’appel pour révolutionner le cours de religion et morale »

Le Collectif des Enseignants de Religions dans l’Enseignement Officiel est peiné de constater qu’une fois de plus, la sécularisation consentie au sein de l’Eglise catholique produit des fruits amers. Juste après l’annonce du MR qui veut évacuer les cours de religion de la grille horaire, trois inspecteurs de religion catholique ont choisi le moment pour administrer le coup d’estoc auxdits cours en proposant de transfuser « les questions de sens dans le CPC ».

Comme l’Eglise catholique l’a précisé, ces inspecteurs ne représentent qu’eux-mêmes, or leur proposition vise la suppression des cours de toutes les religions enseignées, de sorte qu’ils marchent sur les plates-bandes des culte juifs, catholiques, orthodoxes, protestants et musulmans sans avoir consulté leurs représentants attitrés. Bien sûr, chacun est libre à titre personnel de souhaiter la disparition des cours de religion et de s’exprimer dans ce sens, mais lorsqu’on tient sa fonction d’une autorité religieuse qui pense le contraire, et que la moitié des élèves de l’officiel restent par ailleurs inscrits aux cours de religion au lieu d’opter pour la morale ou une deuxième heure de CPC (rapport ORELA 2017 à paraître, ULB), il eût été plus cohérent, pour ne pas dire élégant, que les trois inspecteurs déposassent leur démission.

Quant à l’argumentaire développé par ces inspecteurs et au langage qu’ils tiennent, le CEREO déplore, une fois de plus, l’indigence d’une pensée démontrant combien croyants, agnostiques et athées réduisent leur intelligence des phénomènes humains, dont les effets de la spiritualité, à la mesure de leur participation au courant objectivant, réducteur mais dominant, qui aborde « le religieux » de manière quantitative et réifiée. Abonder dans le sens de cette pensée rabâchée trahit en fait une absence de convictions enracinées.

Quand l’un de ces inspecteurs affirme que « le mouvement de contestation du « monopole chrétien » [sic] prend de l’ampleur aujourd’hui » ou « Pourquoi ne pas repenser le rapport au religieux de manière plus modeste ? », le CEREO se demande s’il ne souhaite pas, consciemment ou non, en finir avec l’héritage organique de l’Europe, cultuel et culturel. C’est d’ailleurs ce qu’il laisse entendre dans cette étonnante affirmation : « Nous souhaitons une formation au convictionnel qui ne soit pas de type muséal ». Ce genre d’espoir relève en fait d’une croyance positiviste. Il s’agirait dans cette optique de distiller le suc des religions pour en asperger les citoyens afin qu’ils profitent de leurs bienfaits (le lien social, le sens du bien commun, le souci du prochain) et évacuent leurs méfaits (la coercition et l’intolérance), du moins selon nos vues individualistes. Qu’on en juge par ces propos constructivistes : « Il faut travailler le vivre-ensemble, donc mettre des normes construites sur des valeurs. Nous proposons de convoquer les fondements pluriels de ces valeurs ».

Les trois inspecteurs partagent encore un autre lieu commun de la pensée pauvre qui s’obstine, par une sorte de discrimination positive en faveur des adeptes de la laïcité philosophique, à mettre sur le même pied la foi religieuse et les convictions laïques : « L’ouverture aux questions de sens, éclairée par les apports des différentes convictions suppose aussi, évidemment, l’apport de la laïcité puisque les religions n’embrassent pas toutes les questions de sens ». Et pour donner des gages supplémentaires aux laïques : « On n’est plus dans un environnement où le religieux fait évidence! Dans une formation pluraliste et rationnelle, on doit l’accepter! ». La foi religieuse perd son sel sans la liberté de ne pas croire, mais cela ne doit pas mener les croyants à un exercice d’équilibrisme permanent. Que notre civilisation ait consacré les libertés de pensée et d’expression jusqu’au blasphème ne doit pas nous abuser en mettant tout et n’importe quelle croyance sur le même pied. La tolérance n’est pas le relativisme.

Quant à la tolérance justement, le CEREO aimerait qu’elle s’applique avec la même vigueur à toutes les convictions. Un exemple entre mille : lors d’un récent débat radiodiffusé du service public, un représentant de l’Eglise catholique s’est trouvé confronté à trois laïques, dont le journaliste, pour qui l’espace des religions doit rester privé. Presque toujours lorsqu’il s’agit de religions, le débat est aujourd’hui préempté.

Le CEREO signale pour conclure que nos représentants du peuple, flamands, wallons et bruxellois, viennent de prêter attention aux cours de religion dans l’officiel : nulle mention de leur disparition, seulement le constat que « la formation des enseignants en charge de l’enseignement des religions en général, et de la religion islamique en particulier, doit encore être approfondie et étendue ». (Chambre des représentants de Belgique, Enquête parlementaire chargée d’examiner les circonstances qui ont conduit aux attentats terroristes du 22 mars 2016 dans l’aéroport de Bruxelles-National et dans la station de métro Maelbeek à Bruxelles, y compris l’évolution et la gestion de la lutte contre le radicalisme et la menace terroriste, Quatrième rapport intermédiaire sur le volet « radicalisme », DOC 54 1752/009, 23 octobre 2017, article 83, p. 178.).

P.S. Toutes les autres citations dans le titre et le texte sont tirées du Soir du 18/12/2017.

Auteur: CEREO

Le CEREO est un Collectif d'Enseignants de Religions dans l’Enseignement Officiel francophone.

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