Wisdom of Life

« Aïd Mubarak » à tous mes concitoyens de confession musulmane

En ce jour de fête de rupture du jeûne du mois de Ramadan (‘Aïd al Fitr), je tiens à souhaiter à tous mes concitoyens de confession musulmane un sincère « ‘Aïd Mubarak ! », que l’on pourrait littéralement traduire par « Une bonne fête, comblée de bénédictions ! »

Ce mois de Ramadan a été, pour nombre d’entre nous, l’occasion d’une pratique spirituelle plus régulière et fervente. Il a été riche, également, en moments de partages et de convivialités en famille, ainsi que de solidarité envers les plus démunis de notre société. Il nous a enfin permis de mettre davantage en pratique l’esprit d’hospitalité qui est un principe fondamental de l’islam et qui se caractérise comme la manière de traiter ses hôtes, sans considération de leurs croyance ni de leur statut social, avec bienveillance et cordialité[1].

J’en veux pour preuve les nombreux « Iftars », moment de la journée où l’on rompt le jeûne, organisés presque chaque jour du mois de Ramadan à l’initiative des mosquées et de diverses associations humanitaires ou citoyennes de notre ville, où tout le monde était convié, musulmans comme non-musulmans. Ces initiatives ont démontré une fois de plus que les citoyens de confession musulmane sont une force, non seulement économique et électorale, mais aussi productrice d’un vrai « vivre ensemble » dans notre pays. N’en déplaise aux islamophobes et extrémistes de tous genres.

Bien que l’« Iftar » ne soit pas une pratique nouvelle pour les musulmans – puisqu’il existe au moins depuis la prescription du jeûne du mois de Ramadan révélé au prophète Mohamed[2]–, il me semble que ce moment de rupture de jeûne prend, au 21èmesiècle, une tout autre dimension, car il permet à lui seul de casser tous les clichés et idées préconçues que peuvent avoir certains sur l’Islam en général, et les musulmans de Belgique en particulier. L’« Iftar » est, en effet, devenu un concept à part entière et un vrai symbole du « vivre ensemble » tel que l’islam authentique n’a eu de cesse de le promouvoir. Ce concept est tellement porteur et lourd de sens qu’il a également été organisé par des chrétiens dans des églises, dont celle du Béguinage à Bruxelles, et par des Juifs dans le Musée Juif de Bruxelles. Et j’ai bon espoir que dans les prochaines années, les instances laïques de notre pays en feront de même.

En réalité, ce qui fait le succès de ces moments de partage et de solidarité citoyenne – qui ne sont absolument pas médiatisés par les médias traditionnels, ce qui est regrettable –, n’est que la sincérité et la bonne volonté des citoyens musulmans et non-musulmans dans leurs efforts communs pour entretenir des relations amicales et fraternelles les uns envers les autres, tous enfants du même Père.

Je porte aussi, en tant que citoyen musulman de ce pays, l’espoir que les mosquées reconnues sur notre territoire soient autant hospitalières envers les plus démunis durant le reste de l’année, qu’elles le sont durant le mois de Ramadan. Faut-il le rappeler, historiquement, le rôle d’une mosquée ne se résume pas seulement à la célébration des prières quotidiennes : elles remplissaient également un rôle social et citoyen, notamment en contribuant à aider les plus fragilisés de notre société et en offrant un asile aux exilés. Toutes les institutions religieuses de notre pays, peu importe les convictions qu’elles promeuvent, devraient d’ailleurs apporter leur contribution à plus de cohésion sociale et œuvrer à la promotion du « vivre ensemble ».

Un mois de remise en question

Ce mois de Ramadan a également été l’occasion d’une remise en question de nos comportements et engagements vis-à-vis de nous-mêmes, mais aussi envers les autres. Cette remise en question est d’autant plus essentielle, me semble-t-il, lorsqu’on a une responsabilité politique envers les citoyens.

À ce propos, j’ai été heureux d’observer, en ces jours de campagnes électorales, que certain(e)s élu(e)s politiques, de confession musulmane, ont décidé de ne pas se présenter aux prochaines élections : ils ont estimé, en effet, qu’ils n’avaient plus leur place au sein de certains partis politiques, qui voient en eux un moyen d’attirer les voix des citoyens de confession musulmane, mais qui, dans les faits, ne leur accordent pas un réel droit de cité. Je tiens à féliciter ces élu(e)s pour la sincérité de leurs engagements envers les citoyens qui leur ont fait confiance, pour leur éthique personnelle et leur sens des responsabilités en politique.

L’éthique en politique est notre affaire à tous

En effet, l’éthique en politique sera certainement un enjeu majeur pour les prochaines élections, que ce soit au niveau communal, régional ou fédéral.

Si la « Politique » souffre dans notre pays d’un manque d’intérêt croissant de la part des citoyens et plus spécifiquement des plus jeunes, ce n’est certainement pas à cause d’un manque d’éducation à la citoyenneté, mais c’est surtout à cause du manque d’éthique et de sens des responsabilités de certains élu(e)s politiques dans notre pays. Je ne souhaite ici jeter la pierre à personne, mais il serait, me semble-t-il, judicieux de tirer des leçons des erreurs passées pour revoir le niveau d’éthique dans la gouvernance de nos communes, de nos régions et de notre pays de manière plus générale. Ainsi pourrions-nous, en plus de lutter contre l’opportunisme et la corruption en politique, susciter ou restaurer la confiance des citoyens.

En réalité, tout le monde a sa part de responsabilité dans le manque d’éthique en politique. Autant nos élu(e)s sont à contrôler et à rappeler à l’ordre par les différents niveaux de pouvoirs lorsque cela s’avère nécessaire, autant les citoyens lambdas ont aussi le devoir d’interpeller leur(s) élu(e)s quant à la façon dont ils ou elles gouvernent. C’est le principe même de la démocratie. Car, comme disait Albert Einstein (1963), « il ne faut pas compter sur ceux qui ont créé les problèmes pour les résoudre. »

L’échéance électorale d’octobre 2018 s’approche : c’est l’occasion de rappeler que les citoyens ne doivent pas, eux non plus, commettre les mêmes erreurs que dans le passé, en faisant preuve d’amnésie quant aux abus et déviances de certain(e)s élu(e)s, au moment de déposer leur bulletin de vote dans l’urne. Il s’agit de la responsabilité de chacun de voter pour des candidats intègres et réellement responsables et respectueux de tous les citoyens, peu importe leurs convictions religieuses et philosophiques. Car, j’en suis convaincu, le choix de nos élu(e)s nous dit beaucoup sur les principes et les valeurs que nous souhaitons voir s’incarner, en tant que citoyens, dans notre société.

‘Aïd Mubarak à toutes et à tous !

 

Le 15 juin 2018

Saïd ANDOUH

Enseignant de religion islamique

Vice-président du Collectif des Enseignants de Religions dans l’Enseignement Officiel (CEREO)

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[1]. L’envoyé d’Allah, paix et bénédictions sur lui, a dit : « …Celui qui œuvre à satisfaire le besoin de son frère, Allah est là pour lui satisfaire le sien…« . [Al Boukhari et Mouslim].

[2]L’iftar(en arabe : إفطار) est le repas qui est pris chaque soir par les musulmans au coucher du soleil pendant le jeûnedu mois de ramadan. Le terme iftarest à rapprocher de fitr(dans Aïd el-Fitr, la fête qui marque la fin du mois de ramadan), avec le sens de « rupture du jeûne ». L’iftar peut être un repas pris en famille, ou un banquet se déroulant dans une mosquéeou un autre lieu public.

Auteur: CEREO

Le CEREO est un Collectif d'Enseignants de Religions dans l’Enseignement Officiel francophone.

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