Wisdom of Life

Mémorendum du CEREO en vue des élections du 26 Mai 2019

Mémorandum aux partis politiques et à la Fédération Wallonie-Bruxelles rédigé par le collectif des enseignants de religions dans l’enseignement officiel francophone (CEREO) en vue des élections régionales et fédérales de 2019. 

 

PRÉAMBULE

Par la diffusion de ce mémorandum, le CEREO[1](Collectif des Enseignants de Religions dans l’Enseignement Officiel), représentant les enseignants de religion de l’enseignement officiel et subventionné, des différentes confessions reconnues en Belgique francophone, souhaite attirer l’attention des partis politiques belges et des autorités compétentes en matière d’enseignement, sur les principaux leviers qu’il est nécessaire d’actionner au cours des prochaines législatures de manière à protéger et à faire respecter le droit inaliénable à la liberté de conscience et de religion, ainsi que le droit à l’enseignement religieux au sein de nos écoles.

En effet, le manque d’organisation et la légèreté avec lesquels sont gérés ces cours par certains pouvoirs organisateurs relèvent, selon nous, d’un non-respect des droits fondamentaux et d’une discrimination évidente à l’égard des enseignants et des élèves rattachés à ces cours. Par le présent mémorandum, nous espérons ainsi que les différents gouvernements mettront dorénavant tout en œuvre pour faire respecter les principes énoncés, comme suit, dans le protocole additionnel à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut se voir refuser le droit à l’instruction. L’État, dans l’exercice des fonctions qu’il assumera dans le domaine de l’éducation et de l’enseignement, respectera le droit des parents d’assurer cette éducation et cet enseignement conformément à leurs convictions religieuses et philosophiques » (art.2). 

Les membres du CEREO signataires de ce mémorandum souhaitent ardemment, au nom de l’intérêt collectif des enseignants de religion, des parents d’élèves et des élèves eux-mêmes, que tous les partis politiques de notre pays fassent preuve de cohérence dans les décisions politiques qu’ils prennent, eu égard aux principes énoncés tant dans cette Convention européenne que dans la Constitution belge et le Pacte scolaire, ainsi que dans les vives recommandations proposées dans le « Quatrième rapport intermédiaire sur le volet « Radicalisme » fait au nom de la commission d’enquête parlementaire par Mme Laurette ONKELINX, M Peter DE ROOVER, M. Philipe PIVIN et M. Servais VERHERSTRAETEN » ; rapport publié en date du 23 octobre 2017.[2] 

Aussi, il nous paraît utile de rappeler l’intérêt des cours de religion dans l’éducation civique de notre jeunesse, qui formera notre société plurielle de demain. Cet intérêt a été clairement énoncé par la ministre de l’Enseignement, Madame Marie-Martine Schyns, lors de la deuxième assemblée générale du CEREO en juin 2017: « Les cours de religion permettent d’aborder avec les élèves des valeurs convictionnelles et interconvictionnelles, une vision de la femme et de l’homme du 21èmesiècle en lien avec une certaine transcendance, mais aussi une manière de vivre ensemble qui fait la part belle à l’écoute, au respect de l’autre dans ses différences et dans ses propres convictions. (…) Les enjeux et les objectifs du cours de religion sont également ambitieux au même titre que le cours d’éducation à la philosophie et à la citoyenneté. Le cours de religion a un rôle irremplaçable dans la société d’aujourd’hui, car il permet d’enrichir l’éventuel terreau convictionnel de la famille de l’élève ; soucieux de favoriser l’esprit critique, il doit permettre une approche non dogmatique de la religion et favoriser le respect des autres convictions. De plus, il est également utile de rappeler l’importance du cours de religion au sein de notre société dans sa capacité à déconstruire les discours radicaux en tous genres, cherchant à diviser les citoyens belges entre eux, et qui sont pour la majorité diffusés et propagés à travers les réseaux sociaux et certains médias. »

 

NOS 9 PRIORITÉS ET REVENDICATIONS

 

1.        La nécessité de garantir la continuité des cours de morale et religion dans la grille horaire.

Eu égard aux nombreuses tentatives de certains groupes de pression, qui ne représentent qu’une infime minorité de parents, pour évacuer les cours de morale et de religions du programme scolaire obligatoire, nous réclamons des garanties suffisantes et des mesures claires qui permettront de faire respecter, de la manière la plus stricte possible, le cadre légal dans lequel s’inscrivent les cours de morale et de religion. Nous appelons donc à ce que le droit des parents à inscrire leurs enfants à un cours de religion de leur choix, dans la grille horaire obligatoire, soit respecté sans condition aucune.

2.        Changer le nom générique actuel des cours de morale et religions, soit « cours philosophiques » en « cours philosophiques convictionnels ».

En effet, nous pensons que « cours philosophiques convictionnels » serait une appellation générique plus pertinente pour les cours de morale et religions, en ce sens qu’il recouvre d’une manière plus précise leur contenu philosophique en lien avec les convictions religieuses de chacun : religions israélite, catholique, orthodoxe, protestante, islamique ou morale laïque.

3.        La nécessité de sensibiliser les pouvoirs organisateurs et les directions d’écoles à une meilleure et pluscohérente organisation des cours de morale et religions, et des attributions des enseignants qui s’y rattachent ; ainsi qu’au respect des décrets relatifsau cours de philosophie et de citoyenneté (CPC).

Force nous est de constater que l’organisation des cours philosophiques – surtout des cours de morale et religions –, manque la plupart du temps de rigueur et de cohérence organisationnelle. Ces cours sont bien souvent organisés de telle sorte qu’ils suscitent une certaine incompréhension, voire une frustration chez les élèves et les enseignants concernés, à tel point que nombreux sont les enseignants qui se demandent si cela n’est pas une volonté délibérée des pouvoirs organisateurs, dans le but non avoué de compliquer la vie des enseignants de morale et religions dans leur travail pédagogique au quotidien.

Au-delà des conséquences que nous venons d’évoquer en termes d’incompréhension et de frustration, ce manque de cohérence dans l’organisation des cours et des attributions peut avoir des effets catastrophiques sur le déroulement des cours, puisqu’il impacte directement la qualité de ces derniers et provoque souvent la perte de motivation des enseignants et de leurs élèves. Autant dire que cette façon de faire ne favorise, ni le bien-être, ni l’intégration (pédagogique) des enseignants de morale et de religions au sein des établissements scolaires et des équipes pédagogiques, ni le vivre-ensemble, tant pour les élèves que pour les enseignants. 

Nous pensons qu’il est plus qu’urgent de remédier à ces problèmes d’organisation, notamment en détachant une personne au sein des pouvoirs organisateurs pour s’occuper spécifiquement de l’organisation générale des cours de morale et de religion.

Par ailleurs, il est regrettable de constater que certains pouvoirs organisateurs ne respectent pas les dispositions légales des décrets CPC qui permettent notamment aux enseignants de religion, possédant les titres requis, d’enseigner également le cours de CPC. Nous pensons que ce non respect des règles décrétales se doit d’être sanctionné par la Fédération Wallonie-Bruxelles.

4.        La nécessité de mettre en place des formations continues pour les enseignants de religion.

Bien que les enseignants de religion soient en possession de titres académiques délivrés par l’enseignement supérieurs et/ou universitaires, ainsi que des titres pédagogiques requis pour pouvoir enseigner, il nous semble fondamental que leur soit offerte la possibilité de continuer, durant toute leur carrière, à se former dans leurs disciplines respectives.

Les nouveaux enjeux de notre société et les nouvelles méthodes pédagogiques nécessitent d’être pris en compte dans les différentes disciplines enseignées au sein de nos écoles, dont les cours de religion.

Cette revendication est en parfaite conformité avec les recommandations formulées par la Commission d’enquête contre le radicalisme, citée plus haut, dans les termes suivants : « La commission d’enquête recommandequela formation initiale des enseignants soit approfondie et que leur formation continue réponde aux besoins de spécialisation et à l’évolution des problématiques auxquelles ces enseignants sont confrontés. »[3]

5.        La nécessité de moderniser les programmes et la rédaction de manuels scolaires pour chacun des cours de religion enseignés à l’école.

La Commission d’enquête parlementaire avait en particulier fait remarquer l’obsolescence des programmes et des supports des cours de religion islamique et mis en exergue la nécessaire« modernisation du programme et des supports pédagogiques des cours de religion islamique, afin que ceux-ci reflètent la diversité de l’islam et qu’ils soient conformes aux valeurs et principes fondamentaux définissant la démocratie et le modèle de société belges. »[4] 

Nous souscrivons pleinement à cette analyse et à ces recommandations et nous croyons en effet que les nouveaux enjeux de notre monde – et plus spécifiquement de notre société belge – nécessitent de créer de nouveaux programmes pour tous les cours de religion.

En d’autres termes, il s’agira de réfléchir à des conceptions pédagogiques innovantes, qui articuleraient les sources scripturaires théologiques avec les sciences humaines et sociales, et qui permettrait dès lors de favoriser le dialogue entre diverses conceptions de l’être humain, qu’elles soient sociales, philosophiques ou religieuses.

En plus de la création de nouveaux programmes, il nous semble également pertinent de concevoir des manuels scolaires propres à chacun des cours de religion. Ces nouveaux programmes et manuels, dont la mise en œuvre ne devrait pas requérir, en réalité, un budget considérable, permettront non seulement une plus grande conformité aux valeurs démocratiques et citoyennes de notre société, mais apporteront aussi plus de cohérence pédagogique et une transparence accrue du contenu des cours. Ils faciliteront le travail pédagogique des enseignants et l’étude des élèves, tant en classe qu’à la maison.

6.        La nécessité d’inclure les notes des élèves, inscrits aux cours de morale et religions, dans la moyenne générale de leurs bulletins.

Il est regrettable de constater que depuis environ trois ans, de nombreux pouvoirs organisateurs ont soudainement retiré les notes des cours de morale et religion de la moyenne générale dans les bulletins scolaires. Cette manœuvre est perçue par les élèves et les enseignants comme une véritable injustice et une réelle discrimination par rapport aux autres disciplines.

Rappelons que les cours de morale et religions sont des cours à part entière. Il comporte un vrai contenu : une matière et une méthodologie à étudier et à connaître par les élèves. Cette matière et cette méthode font l’objet, au même titre que n’importe quelle autre discipline enseignée, d’évaluations et d’examens notés. Il n’est par conséquent pas concevable que les notes de ces cours ne soient pas prises en considération dans la moyenne générale figurant dans le bulletin des élèves.

7.        La nécessité de sanctionner les directions d’école qui cherchent à influencer les parents d’élèves afin qu’ils ne choisissent plus le cours de religion pour leurs enfants.

De nombreux témoignages nous ont été rapportés par des parents d’élèves qui nous expliquent les tentatives de certaines directions d’écoles de les influencer lors des inscriptions, n’hésitant pas à leur fournir quelquefois des informations mensongères, afin qu’ils désinscrivent leurs enfants des cours de religion pour les inscrire à l’heure optionnelle des cours de philosophie et citoyenneté (CPC). Il est utile de rappeler que ce type de comportement est contraire au principe de neutralité qui incombe aux directions des écoles.

8.        La nécessité de désigner un enseignant, sur base volontaire, par cours de religion au sein de chaque école, afin qu’il puisse remplir un rôle de médiateur religieux.

Cette fonction sera d’une utilité certaine pour désamorcer les conflits personnels et interpersonnels liés aux croyances des élèves, entre élèves et enseignants, ainsi qu’entre les élèves et leurs parents ; mais aussi pour lutter contre certaines formes de radicalité ou des idéologies exclusivistes prétendument religieuses, que les jeunes ont tendance à “absorber” sans filtre ni esprit critique suffisant, notamment viales réseaux sociaux.

Cette revendication du CEREO est, là encore, conforme à la recommandation de la Commission d’enquête parlementaire déjà citée, qui insistait sur la nécessité de développer « une lecture critique du monde, des informations et des medias […] qui constitue une piste particulièrement porteuse pour lutter, en amont, contre le radicalisme et le radicalisme violent »[5].

Ce travail de médiation et de déconstruction des contenus informatifs véhiculés dans les medias et sur les réseaux sociaux devra se faire sur une base volontaire de la part de l’élève et des acteurs impliqués. Une vraie relation de confiance devra donc s’installer entre eux. Concrètement, il s’agira de détacher un enseignant pendant, par exemple, deux à trois heures hebdomadaires, pour être au service de ces élèves.

Cela contribuerait en outre à régler le problème des enseignants qui ne bénéficient pas d’une charge complète dans leur programme de cours.  

9.        La nécessité de permettre aux élèves qui le souhaitent d’opter pour une deuxième heure optionnelle de morale ou religions hebdomadaire, au même titre que l’heure optionnelle du cours d’éducation à la philosophie et à la citoyenneté (CPC).

En effet, la réforme des cours philosophiques a amené, depuis 2015, les autorités compétentes à remplacer une heure sur les deux initialement existantes des cours de morale et religions, par une heure de cours d’éducation à la philosophie et à la citoyenneté. Cette réforme à également donné suite à la possibilité, pour les élèves qui le souhaitent, d’être dispensés des cours de morale et religions et d’opter ainsi pour une deuxième heure d’éducation à la philosophie et à la citoyenneté.

Les chiffres officiels de la Fédération Wallonie-Bruxelles démontrent clairement que cette option ne rencontre pas, ou très peu, de succès. Et la majorité des élèves qui optent pour cette deuxième heure d’éducation à la philosophie et à la citoyenneté étaient initialement inscrits au cours de morale. Les élèves inscrits aux cours de religions ne sont pour ainsi dire pas du tout intéressés par ce cours optionnel.

Aussi nous pouvons, en tant qu’acteurs de terrain, constater que nombreux sont les élèves et parents d’élèves déçus et frustrés qu’on leur ait supprimé une des deux heures de cours de religion. Ces derniers sont par ailleurs demandeurs, à juste titre, d’une deuxième heure de religion, optionnelle donc, au même titre que l’heure optionnelle d’éducation à la philosophie et à la citoyenneté (CPC).

En effet, nous pensons que, pour relever les défis d’une école citoyenne, démocratique et juste, les élèves doivent être traités de manière équitable concernant les choix des options qui s’offrent à eux.

———————-

[1]Fondé à l’initiative de professeurs de religions(catholique, orthodoxe, protestant, islamique, israélite), le CEREO a pour vocation principale de fédérer les maîtres et les professeurs qui enseignent les religions dans les écoles fondamentales et secondaires de l’enseignement officiel francophone. Le CEREO se donne comme objectif de défendre par tous les moyens légaux les cours hebdomadaires de religions inscrits dans le programme officiel de l’enseignement organisé et subventionné par la Fédération Wallonie-Bruxelles, ainsi que les professeurs qui s’y rattachent. https://www.cereo.be/

[2]http://www.dekamer.be/FLWB/PDF/54/1752/54K1752009.pdf. Voir notamment les recommandations n° 78 à 90.

[3]Quatrième rapport intermédiaire sur le volet « Radicalisme », en date du 23 octobre 2017, fait au nom de la commission d’enquête parlementaire chargée d’examiner les circonstances qui ont conduit aux attentats terroristes  du 22 mars 2016 – « Recommandation 84 : La commission d’enquête recommande que la formation initiale des enseignants [en charge de l’enseignement des religions en général, et de la religion islamique, en particulier, soit approfondie et que leur formation continue réponde aux besoins de spécialisation et à l’évolution des problématiques auxquelles ces enseignants sont confrontés. »

[4]Ibidem. « Recommandation 89 : La commission d’enquête constate, en particulier, qu’il ressort des auditions que le programme et les supports pédagogiques des cours de religion islamique apparaissent totalement obsolètes. Recommandation 90 : La commission d’enquête recommande par conséquent de moderniser le programme de cours et les supports pédagogiques afférents, en veillant à ce que le nouvel ensemble ainsi formé reflète la diversité de l’islam et qu’il soit conforme aux valeurs et principes fondamentaux définissant la démocratie et le modèle de société belges. »

[5]Ibidem. « Recommandation 87 : La commission d’enquête constate, d’une manière générale, concernant l’enseignement, que l’éducation à la lecture critique du monde, des informations et des médias, constitue une piste particulièrement porteuse pour lutter, en amont, contre le radicalisme et le radicalisme violent. Recommandation 88 : La commission d’enquête recommande, au vu du constat posé au point #87, que l’école réserve une place accrue à cette approche critique, notamment – mais pas limitativement – pour ce qui concerne le rapport aux contenus médiatisés (en ce inclus ceux véhiculés par Internet, les réseaux sociaux et l’ensemble des applications technologiques nouvelles) et celui entretenu avec les idéologies, en ce compris leurs déclinaisons religieuses. »

Auteur: CEREO

Le CEREO est un Collectif d'Enseignants de Religions dans l’Enseignement Officiel francophone.

Laisser une réponse