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Texte de l’intervention du CEREO devant le groupe de travail chargé de la question de l’extension du cours d’EPC au sein du Parlement de la fédération Wallonie-Bruxelles

Texte de l’intervention du CEREO devant le groupe de travail chargé de la question de l’extension du EPC au sein du Parlement de la fédération Wallonie-Bruxelles

 

Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs les Députés,

C’est un honneur pour moi d’être présente parmi vous aujourd’hui en tant que Présidente du CEREO afin de vous faire part de notre position quant à l’impact sur les cours philosophiques du projet d’extension de l’EPC à deux heures.

Je commencerai par présenter brièvement le CEREO. Ensuite je vous ferai part de nos questions et craintes pour terminer par l’exposé de notre rôle dans l’enseignement officiel et la pertinence de notre rôle.

Qui sommes-nous ? À l’origine du CEREO, avant sa création en 2015, nous sommes des professeurs de religions et de morale qui collaborent dans des projets communs : visite de lieux de cultes avec nos élèves et cours où nos élèves sont conviés à travailler ensemble à des thématiques communes.

En 2015, face à la menace pesant sur les cours philosophiques, nous, professeurs de religion israélite, protestante, orthodoxe, musulmane et catholique de » l’enseignement officiel, nous nous constituons en collectif. En 2016, notre collectif devient un asbl. L’objectif du CEREO est le maintien et la défense des cours philosophiques dans la grille horaire de l’enseignement officiel.

Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs les Députés,

Nous sommes face à un fait indéniable. Selon les derniers chiffres officiels dont nous disposons, plus de 80% des parents et des élèves majeurs choisissent un cours de religion ou de morale plutôt que le CPC dispense. Or, ce choix des parents se fonde sur un droit constitutionnel. Si le projet de l’extension de l’EPC à deux heures est mis en œuvre, comment nos concitoyens pourront exercer ce droit constitutionnel à un enseignement confessionnel dans la grille-horaire ? Ne faut-il pas être prudent, dans une démocratie, face à une perte de liberté et droit fondamentaux ?

Nos cours de religions sont souvent caricaturés. Nous diviserions les élèves et donc nous empêcherions le vivre-ensemble en leur assignant une identité religieuse. Nos cours seraient dogmatiques, prescriptifs et normatifs. Nous serions des directeurs de conscience ou des animateurs religieux. Faut-il le rappeler ? Nos cours sont ouverts à tous. Nulle confession de foi ou certificat de baptême pour s’inscrire à nos cours et changer de cours de religion. Nous suivons un référentiel et un programme qui évolue en écho aux évolutions de notre société. Nous utilisons les ressources des sciences humaines et celles de la pédagogie. Faut-il le rappeler, Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs les Députés, que nous, professeurs des cours philosophiques avons prêter serment à la Constitution, aux lois du peuple belge et au Roi, comme nos collègues ? Nous sommes liés par ce serment qui nous engage à inscrire nos cours dans un cadre démocratique et respectueux des lois et décrets.

Que faisons-nous dans nos cours ? Nos cours offrent un cadre dans lequel nos élèves peuvent s’exprimer. Exprimer leurs émotions, leurs interrogations, leurs conflits de loyauté (entre leurs traditions religieuses et/ou culturelles et les lois belges) et leurs questionnements éthiques (souvent imprégnés de traditions religieuses et/ou culturelles). Nous les écoutons. Nous recevons leurs émotions et leurs questions. Ensuite, commence avec eux un travail de déconstruction. Déconstruire ces prénotions, ces préjugés et ces valeurs qui peuvent être parfois archaïques ou même rétrogrades. Après vient le temps de la construction. À travers une approche descriptive et explicative, nous les aidons à construire des savoirs et du sens. Le travail de déconstruction et de construction peut se faire avec nos élèves parce que nous sommes légitimes à leurs yeux. Pourquoi sommes-nous légitimes ? Parce que nous sommes clairement identifiés comme professeurs de religion, d’une religion en particulier. Parce que connaissant la religion que nous enseignons et ayant été formés à l’étude de nos textes religieux, nous pouvons leur montrer qu’il existe des interprétations aux textes et que leur lecture littérale n’est pas la plus pertinente.

Le cadre d’intelligibilité qu’offre nos cours nous permet régulièrement de désamorcer des conflits liés à l’actualité.

De surcroit, parce que nous sommes des acteurs de terrains, parce que nous accompagnons nos élèves plusieurs années, parce que nous les connaissons eux et leur milieu de vie, parce que nous avons leur confiance, nous avons aussi le rôle de pacificateur et de modérateur. Tant vis-à-vis d’eux-mêmes et de leurs convictions que vis-à-vis des autres convictions. En effet, nous construisons avec eux la connaissance réflexive de leur propre religion mais aussi la connaissance des autres religions et convictions. Comment ? Par des leçons entre cours de religions et cours de morale, par des échanges thématiques et des dialogues encadrés. Nous sommes donc aussi des acteurs et des praticiens du dialogue inter-convictionnel. Nos élèves voient leurs enseignants s’écouter et dialoguer et ils travaillent à se connaitre mutuellement.

Pour terminer, Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs les Députés, ne serait-il pas dommageable pour la Fédération Wallonie-Bruxelles et pour ses communautés scolaires de se priver des compétences, des savoirs et de l’expérience de ces acteurs de terrains que sont les professeurs de religions et de morale ?

Madame Péterfalvi pour le CEREO-asbl

 

Auteur: CEREO

Le CEREO est un Collectif d'Enseignants de Religions dans l’Enseignement Officiel francophone.

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