Wisdom of Life

Requiem pour un cours.

Requiem pour un cours.

Petite part confondue dans la dérive du Tout, quelques âmes égarées de Bruxelles en Wallonie font semblant de croire qu’en marginalisant les cours de religion ils se rapprocheront du Graal moderne. C’est qu’ils chérissent le théâtre de la Révolution : barricades et tables tournantes, rationalité auto-proclamée et citoyenneté magique. Le dix-neuvième siècle n’a pas fini de nous envoûter. Mais qu’on ne s’y trompe pas, les masses contrôlées numériquement ne vivent plus que d’idéaux nominaux. Depuis le temps que la grande mystification opère, les masses se comportent comme un artefact aux réactions prévisibles et manipulables à souhait. Chacun des individus qui les composent a cloisonné la raison et le sentiment, la politique et la religion, l’intime et le social, la vie privée et la vie publique. Tous sont schizophrènes, tous participent à l’hystérie collective. Et ils se gratifient continument pour tromper la torpeur qui les a envahi. Comment résister à ça ?

Parce que la résistance à la chosification n’évite pas la souffrance et qu’on ne veut plus souffrir, le fantasme d’une chosification réussie constitue le moteur du Progrès. Ainsi, la « Science » accomplit son grand-œuvre. Voulez-vous des exemples ? Le tribunal de première instance de Bruxelles vient de donner droit à un couple réclamant une indemnisation pour avoir engendré, moyennant le bidouillage médical requis, des jumeaux inaptes à donner leur moelle osseuse à l’aîné de la famille. Ou encore : la Commission européenne propose de proscrire désormais le mot « Noël », jugé impropre à la communication inclusive.

Par rapport à ces lumineuses avancées, la marginalisation des cours de religion dans le pré carré des bardes wallons et fransquillons n’est qu’une gesticulation lilliputienne. Pourtant je chante comme France Gall : « C’est peut-être un détail pour vous mais pour moi ça veut dire beaucoup ». Je suis catholique, je connais l’Eglise comme ma poche. J’ai été éduqué dans la robe mariale d’un collège salésien, j’ai travaillé pour le Mouvement Ouvrier Chrétien et pour les jésuites. J’ai été sacristain à Saint-Nicolas-Bourse et je chante chaque dimanche à la messe dans une paroisse où je suis membre du Conseil de Fabrique. Mais je suis affligé de constater que ma hiérarchie se comporte comme un animal traqué, frileux, pusillanime. C’est qu’elle baigne elle aussi dans le « progrès » qui parfume notre « démocratie ». Personne ne vit à côté de son temps, de ses humeurs, de ses paralysies, de son aveuglement et de sa surdité. Certes, il vaut sans doute mieux prendre son parti de la sécularisation que d’hystériser le ban et l’arrière-ban des bigots, pour autant qu’elle nous laisse la liberté de dire la vérité qui rend libre! En fait de vérité, mon Eglise, celle à qui je dois beaucoup, brandit des communiqués de presse à usage interne (puisque les autres s’en foutent) et défend ses intérêts comme un comptable. Par exemple, elle défend son réseau d’enseignement en réclamant le beurre (la liberté) et l’argent du beurre (le financement public).

Il faut rester honnête. On a l’enseignement qu’on mérite. C’était l’honneur du Ministère d’avoir considéré jadis que la religion était partie intégrante de la culture, et que la religion sans la foi ne valait pas qu’on l’enseigne, car elle deviendrait vite un oripeau de la culture de masse, ou divertissement. Serait-ce pour endiguer cet engloutissement marchand, la religion et la foi ont toute leur place dans les écoles, catholiques ou non. Mais dès lors que le processus sociétal ambiant engloutit Israël et les Nations, dès lors que l’assèchement du marigot catholique belge se poursuit – celui qui façonna nos aïeux comme ils nous façonne encore dans nos réactions progressistes (cachez cette Eglise que je ne saurais voir! ) – ; dès lors, il serait logique que le cours de religion tire sa révérence. Surtout ne croyez pas que les seuls professeurs de religion pourraient renverser la tendance. C’est la société tout entière qui devrait être ranimée du souffle de la foi. Ces parents qui nous confient leurs enfants en nous demandant de faire le boulot pour eux se fourrent le doigt dans l’œil. A cet égard, le fait que plus de 80% des élèves de l’Officiel continuent d’être inscrits aux cours de religion et de morale (malgré la grosse artillerie déployée pour les en dissuader) ne doit pas faire illusion. Pour autant, à moins qu’on se paye de mots, les manœuvres totalitaires du Centre d’Action Laïque font démocratiquement injure à une écrasante majorité de nostalgiques, mais pas seulement.

Jour après jour, je mesure ma chance, je me délecte des délices que ma profession me procure. C’est que les jeunes, même biberonnés numériquement, ont plus que leurs géniteurs le désir d’autre chose. Il suffit qu’on leur parle vrai pour qu’ils écoutent, mais demandez leurs ce qu’ils pensent du cours de philosophie et citoyenneté, ils vous répondent que c’est du pipeau. Comment voulez-vous devenir un « citoyen » si vos professeurs de « citoyenneté » doivent rester neutres ? Le cours de morale c’est autre chose. Là, il se trouve encore des professeurs épris de liberté qui continuent de donner sa valeur à l’esprit critique, mais le CAL les envoie bouler.

« N’ayez pas peur » clamait le pape Jean-Paul II lors de sa messe d’inauguration. A l’époque, j’’entrais à l’U.L.B., gavé d’esprit critique. Dix ans plus tard, j’étais chroniqueur religieux à La Cité. Ce journal a disparu bien avant que la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, son parrain, se rebaptise « Jeunesse Organisée Combative » pour devenir anarchistes à la gomme. J’avais un jour titré un de mes articles « Rassure-nous Jean-Paul II », cela me valut les félicitations de toutes les gauches. Toutes les planètes de la galaxie catholique belge n’ont pas été aussi loin que la JOC, mais elles ont presque toutes suivi la même tendance. Résultat : elles se sont éteintes.

C’était trente-trois ans avant le COVID. Goebbels disait que pour faire ce qu’on veut avec les masses, il faut leur foutre la frousse de leur vie. Le COVID s’en est chargé. Le COVID, c’est le coup d’estoc au courage d’expérimenter la résurrection du Christ. On s’empêche de vivre de peur de mourir. J’ai traversé la mort avec le Christ et Jean-Paul II. Je sais que la vie est la plus forte. Tout le monde n’est pas revenu d’aussi loin, mais l’expérience de la résurrection ante mortem est donnée pour tous et pour toujours. Il faut juste oser voir en face, et la vie et le bien et le mal et la mort. Alors, seulement alors on cesse d’avoir peur. Au cours de religion, je peux encore dire ce genre de chose.

Axel De Backer

Professeur de religion catholique

 

Auteur: CEREO

Le CEREO est un Collectif d'Enseignants de Religions dans l’Enseignement Officiel francophone.

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