Wisdom of Life

Décret EPC: Propositions du CEREO à la commission du parlement de la FWB (30/06/2016).

Parlement de la FWB

Mesdames, Messieurs les parlementaires,

Ces dernières années, nous traversons une période difficile, anxiogène influencée par la montée d’idéologies mortifères et haineuses. Cette année, notre pays a vécu un drame sans précèdent, le terrorisme, la barbarie, et l’extrémisme ont frappé notre cher capitale.

Depuis l’attentat contre Charlie Hebdo et de l’épicerie Casher, d’aucuns s’interrogent sur la légitimité et la spécificité de chacun de nos cours. 

A l’heure des crispations, des replis identitaires, de la méfiance, de la monté criante du racisme, à l’heure où les intégrismes de tout bord tentent de semer la haine et le rejet des différences. Nous enseignants de religion, estimons que vouloir évacuer la transmission du religieux de l’enseignement est un non-sens au regard de cette actualité malheureuse.
Dans ce contexte, préserver une heure de religion est plus que nécessaire. Un cours qui intègre les convictions personnelles est un cours qui conforte et rassure les élèves. C’est aussi « permettre à chaque élève d’entrer dans l’intelligence de sa propre religion et cultiver chez chaque élève un rapport intelligent au religieux. Car qui dit cours, dit raison, analyse, recul. »

Par ailleurs, nous tenions à rappeler que le fait de choisir un cours de religion ne signifie pas forcément une identification à cette tradition. J’ai moi-même accueilli dans le cadre des mes cours, des élèves athées, agnostiques, juifs…. Le religieux, il est vrai, avec son cortège de clivages manichéens, d’amalgames ou d’instrumentalisations, fait partie de l’actualité. Et les jeunes ont besoin de clarification.

A un âge où les jeunes prennent généralement conscience d’eux-mêmes et s’interrogent sur le sens de leur existence, ne doivent-ils pas être accompagnés en milieu scolaire dans leur recherche et leurs interrogations? Ne faut-il pas permettre à ces jeunes de se réconcilier avec leur héritage culturel dans le cadre scolaire, et d’assurer ainsi l’épanouissement de l’élève à l’école ?

Le décret «missions» (1997) de la Communauté française a assigné quatre objectifs généraux à l’école: développer la personne de chaque élève, rendre les jeunes aptes à prendre une place active dans la vie économique, sociale et culturelle, les préparer à être citoyens responsables dans une société démocratique, solidaire, pluraliste et ouverte aux autres cultures, assurer à tous des chances égales d’émancipation sociale.

Nous pensons que les programmes actuels des cours de morale et de religion relèvent ce défi, et apportent ainsi une contribution spécifique à la poursuite de ces missions ; tout en intégrant la pluralité existante dans nos sociétés. Les cours de morale et de religion sont des lieux d’éducation qui, respectueux de toutes convictions particulières, favorisent l’intégration dans une société pluraliste. Le cours se veut un lieu de liberté, d’échanges et de débats, dans le respect de la personne intégrale de l’élève.

Par ailleurs, depuis de nombreuses années de nombreux enseignants de religions en synergie avec les professeurs de morale travaillent au quotidien à éveiller l’esprit critique des élèves, la connaissance de soi et de l’autre. Ces cours offrent très souvent des espaces de paroles où les élèves sont réunis pour dialoguer et débattre de sujets de société.

A la suite des attentats de Charlie Hebdo, de Paris, et plus récemment de Bruxelles, de nombreux enseignants des cours philosophiques étaient mobilisés dans les écoles pour désamorcer certains types de discours, être à l’écoute des élèves. Les enseignants des cours de religions occupent habituellement une posture d’interface entre les directions d’école, les élèves et le corps professoral.

Nous sommes convaincus qu’un enseignement critique mais bienveillant des religions, dispensé par des maîtres et professeurs conjuguant une démarche de foi et une formation sérieuse, est dans les circonstances actuelles le moyen le plus sûr de développer le civisme et la modération de nos élèves en quête de sens et d’identité. A travers une action éducative cohérente sous le contrôle de nos institutions. Nous sommes persuadés que nos cours permettent de combattre l’indifférence, le fanatisme, le dogmatisme, l’intolérance, la violence en ces temps de crise.

Je vous remercie pour votre écoute, et j’espère vivement que ces paroles seront prises en considération afin de permettre à chacun de vivre cette transition dans les meilleures conditions.

Pour le CEREO
Redouan EL ABBOUTI

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Préambule

« Tous les êtes humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ».
(1er article de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948)

« Les êtres humains doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. Ce n’est pas strictement l’esprit du droit qui parle ainsi. Serait-ce aussi celui de la religion, là où il est question de l’amour des hommes, plutôt que du respect de leurs droits ? » (Jean-Marc Ferry, La Raison et la Foi, Paris, 2016). La pratique de cet amour des hommes est l’héritage des religions. Dans un contexte pluraliste qui réduit toute prétention unilatérale à la Vérité, cet héritage doit être rebattu pour nourrir la citoyenneté à la racine des relations, de manière interpersonnelle. A rebours d’une crispation sur une laïcité identitaire, les tensions sociales actuelles doivent nous inviter à réfléchir à une implication des religions dans la Cité. A leur exclusion de l’espace public doit succéder leur inclusion citoyenne.

Propositions

1. Rendre organisable par des mesures appropriées la pérennité du cours obligatoire de religion ou de morale, couplée à un cours obligatoire de PC. Il s’agit de ne pas organiser le chaos.

Ce point nécessite :
– afin d’éviter des horaires et des déplacements d’enseignants insupportables, que les maîtres et professeurs de RM puissent enseigner la PC dans une même implantation scolaire mais à des classes différentes. Un horaire éclaté empêche d’ailleurs de participer au projet pédagogique d’une école ;

– que les programmes de religion soit revu afin qu’ils fassent contrepoint au programme de PC, dans un esprit de dialogue et d’émulation constructive (il ne nous revient pas de nous prononcer quant au cours de morale mais on pourrait imaginer qu’il évolue aussi de manière à exposer résolument les principes de la laïcité philosophique, étant entendu que le cours de morale n’est pas soumis au devoir de réserve que la neutralité du cours d’EPC impose). ;

– que les maîtres et professeurs de religion suivent une formation sérieuse et adéquate (Cf. 3).

2. Dans l’optique qui consiste à réconcilier les religions avec les cultures qui en procèdent, il serait judicieux de rebaptiser leurs cours. On parlerait ainsi de cours de religion et de culture juives, de cours de religion et de culture catholiques, etc.

3. La religion étant entendue comme l’art de nouer des relations humaines sans exclusive, la qualité de ses maîtres et professeurs dépend à la fois de facteurs intrinsèques (expérience, foi, croyances, bienveillance) et extrinsèque (titres requis pour assurer à son enseignement la valeur d’un savoir). Vu la particularité des cours de religion, ces titres validés par une université belge gagneraient à être variés.

Outre la pédagogie, les sciences humaines (histoire, histoire de l’art, anthropologie, psychologie, sciences de l’éducation, sociologie) ainsi que la philosophie et la théologie pourraient servir de médiation utile.

4. Afin de profiter du savoir-faire d’un nombre représentatif de maîtres de religion, il conviendrait d’imposer des formations continuées organisées par la Fédération Wallonie-Bruxelles (modules capitalisables sur une période raisonnable) à ceux qui ne possèdent pas de titre de bachelier.

5. Parce que cette réforme des cours dits philosophiques est profonde, durable et substantielle, la précipitation qui semble aujourd’hui prévaloir pose problème. Sans rien céder à la résolution de la mener à son terme, un report d’une année, afin de mieux l’organiser dans le secondaire voire dans le fondamental serait peut-être raisonnable.

6. Afin de réhabiliter les cours de religion et de morale, la réintroduction de leurs notations dans la moyenne générale de l’élève s’impose.

Inquiétude

1. Ayant à l’esprit ce que nous avons constaté de la part de plusieurs pouvoirs organisateurs lors de l’introduction de l’Encadrement Pédagogique Alternatif (EPA) en 2015, nous insistons sur le fait que cette réforme doit se faire dans le respect de la plus stricte légalité.

2. Contrairement à ce qui a été dit au sujet du cours de PC, nous constatons que l’histoire culturelle des religions a disparu du programme de PC du fondamental. Nous souhaitons vivement que cette composante, indispensable à une éducation à la philosophie et à la citoyenneté qui se respecte, y soit intégrée. Le fait de suivre un cours de religion n’invalide pas la nécessité d’acquérir des rudiments d’histoire culturelle et comparée des religions. Ce raisonnement vaut afortiori lorsque l’élève suit le cours de morale.

Conclusion

L’éducation à la philosophie et à la citoyenneté manquerait à son but si elle n’engageait pas un dialogue entre les forces en présence dans la cité. Ce dialogue doit être engagé en priorité entre les citoyens animés de convictions religieuses et les citoyens animés de convictions fondées sur l’émancipation de la pensée religieuse ou en-dehors de celle-ci, car c’est à l’évidence leur incompréhension mutuelle qui constitue aujourd’hui le plus grand danger dans notre société.

Pour Le CEREO,
Nathalie Peterflavi, Stelios Straditis, Jamal Habbachich, Said Andouh, Benard Locoge, Redouan El abbouti, Axel De Backer, Josua Nejman.

Auteur: CEREO

Le CEREO est un Collectif d'Enseignants de Religions dans l’Enseignement Officiel francophone.

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